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•10 février 2010 • Laisser un commentaire

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CHIFFRES CHOCS : Little Big Manny

•8 février 2010 • Laisser un commentaire

On ne devient pas le meilleur boxeur toutes catégories de poids confondues en un jour. La route est longue et pour Manny Pacquiao – des bidonvilles de General Santos au MGM Grand de Las Vegas – elle a été plutôt vallonnée. Devenu champion du monde dans 7 catégories de poids différentes et présentant un palmarès de 50 victoires – dont 38 K.O – pour 3 défaites et 2 nuls, le Philippin est un cas à part.

Enfant de la rue mal nourri, il peine à atteindre les 50 kg et se rend à ses premières pesées les poches remplies de bouts de métal afin de faire le poids minimal exigé pour combattre. Près de 15 ans plus tard, lesté de 15 kilos supplémentaires,  il est le champion incontesté WBO des poids welters (66,6 kg) et le meilleur boxeur en activité.

Le plus fou : il n’a pas perdu une once de sa vitesse supersonique. Quant à son punch, il lui a valu la distinction de « K.O de l’année 2009″ pour la destruction du Britannique Ricky Hatton, resté de longues minutes inanimé au centre du ring, brisé par un violent crochet du gauche. Le Ghanéen Josuah Clottey qui a RDV avec « Little Big Manny » le 13 mars prochain peut commencer à se faire du souci…

THE FIRST QUESTION IS « WHO AM I? », Mike Tyson

•6 février 2010 • Laisser un commentaire

II – La boxe ne ment pas

Jusqu’en 1986, année de son sacre, le jeune homme n’entend plus qu’une seule voix, celle qui guide les champions vers leur destin. Celle de d’Amato lui répète : « Tu seras champion du monde », tandis que lui, incrédule, pense d’abord que ce vieil homme est fou. Mais Cus a simplement les yeux qui brillent devant l’étonnante musculature de ce gamin de 14 ans pesant 85 kilos !

Pour le reste, rien n’est laissé au hasard : plus que jamais, l’entraînement devient une véritable domestication du corps et de l’âme. Ce poids lourd travaille sans relâche pour acquérir les armes les plus redoutables de l’art, la vitesse et la précision, jusqu’à atteindre une perfection jamais égalée dans cette catégorie. Dans la tête de son poulain, Cus injecte aussi quotidiennement des sentences indélébiles sur l’esprit du guerrier et Mike médite, fasciné. En même temps, il est assommé d’encouragements, de compliments, de preuves d’admiration, à tel point qu’il croit que Cus a le béguin ! Plus tard, il comprend que son coach ne fait que booster sa confiance en lui au maximum et le résultat sera impressionnant.

Les ressources psychologiques de Tyson deviendront le moteur de cette machine à KO :

« Je tirais les ficelles, je savais les battre psychologiquement avant même d’être monté sur le ring. (…). Quand je sors du vestiaire, la confiance m’habite mais je suis mort de peur. J’ai trop peur, peur de tout. Peur de perdre, d’être humilié, mais j’ai confiance. Plus j’approche du ring, plus j’ai confiance. Pendant mon entraînement, ce mec m’a fait peur. Je me disais qu’il pourrait me battre. J’ai rêvé qu’il l’emportait. Mais plus j’approche du ring, plus j’ai confiance. Une fois sur le ring, je suis un dieu imbattable. »

Quand le combat commence, il est déjà vainqueur. Ajoutez à tout ça que le gamin passe tout son temps libre à regarder les stars de ce sport en vidéo, à analyser leurs gestes, connaissant tous les enchaînements par cœur : vous obtenez une mécanique sans défauts, programmée pour le titre. Aux J.O. juniors, il assassine ses opposants, tous K.O. au premier round. En final, il devient médaille d’or en 8 secondes. Dieu imbattable.

Son combat contre Trévor Berbick, le 22 novembre 1986, est une formalité. Encore un K.O. expéditif et spectaculaire : rien ne pouvait empêcher Tyson d’obtenir le titre de champion du monde poids lourds. Interviewé au centre du ring sur son avenir, il lance excité : « Unifier les ceintures ! », comme un clairvoyant sachant exactement de quoi son destin est fait. Ses désirs deviennent vite réalité et Tyson apparaît enfin comme le plus grand boxeur de son temps. Un champion redouté, tout simplement trop fort, un joyau taillé par la boxe. Cus d’Amato est mort sans voir ce pour quoi il a tant travaillé, emporté par une pneumonie en 1985, mais sa disparition ne pouvait rien changer au chemin tout tracé de son élève.

Qui est Mike Tyson ? Un virtuose du corps à corps, un guerrier surdoué à l’intelligence pugilistique hors-normes, l’esclave génial des exigences de ce sport impitoyable où seuls les Très Grands entrent dans l’histoire.

Pourtant le « bad » Mike ne disparaît pas et ressurgit même sans attendre. La boxe est ombre et lumière, surtout lorsqu’on pénètre l’univers pro : les champions mettent les pieds dans le tapis des promoteurs aux dents longues et des médias fanatiques. Ce sont les derniers géniteurs de ce qu’est devenu Tyson. Encore trop jeune, il est adopté par ces vautours dont Don King est le roi et poursuivi sans relâche par les journalistes reniflant le scandale. Dans cette balance, le côté obscur de la boxe gagne régulièrement, transformant les héros en pantins. Et les ficelles qui traînent Mike en prison sont poisseuses : mélange de fric et de sexe, le tout sous l’œil des caméras et des « amis » malveillants. Cet univers est sans aucun doute plus vicieux encore que celui où Mike a vu le jour. Pour lui, un simple champion ne nourrit pas assez le business et Tyson a la tête de l’emploi, on en fait facilement un malfrat épris de violence sur et en-dehors du ring, un asocial, une bête féroce.

Heureusement, la boxe ne ment pas. Tyson, la nouvelle créature du star-system sonne faux, ne tient plus la distance et perd ses titres. Alors, à sa sortie de prison, il retourne à sa vraie famille : la sueur de l’entraînement ; il retrouve son âme de guerrier, sa concentration quasi-mystique. Une dernière fois, il va montrer au monde sa véritable identité, sur le ring où les hommes sont mis à nu. Mike Tyson redevient champion du monde poids-lourds, unifie les ceintures. Le reste est accessoire, il n’y a plus rien à prouver.

felix.cultureboxe@gmail.com

THE FIRST QUESTION IS “WHO AM I?” (Mike Tyson)

•4 février 2010 • 2 commentaires

I – Un gosse à Brooklyn

Qui est Mike Tyson? A cette question, certains répondent en s’appuyant sur la formidable épopée médiatique du boxeur à scandales : insultes, provocations, agressions (notamment sexuelles), passé trouble dans le ghetto… Mike est une brute avide d’argent et de femmes dont le caractère explique logiquement son passage en prison entre 1992 et 1995. C’est sûr qu’à le voir s’adresser à un journaliste en criant : « T’es pas un homme. Je vais t’enculer à mort, sale tapette », ou encore mordre à deux reprises l’oreille d’Holyfield, on est prêt à créditer la thèse du monstre asocial.

Dans son cas, on peut dire qu’il est le monstre d’un Frankenstein social particulièrement acharné. Né en 1966 dans un des quartiers les plus chauds de New-York, il aperçoit seulement quelques instants un homme qu’on dit être son père et dont sa mère se sépare après de violentes disputes. Fragilisé par des problèmes pulmonaires, il est terrorisé lors de ses trajets quotidiens vers l’école où les agressions pleuvent. Et le bordel à la maison… littéralement. Sa mère se livre à des orgies dans le salon quand le jeune Tyson est dans sa chambre, tendant une oreille troublée par l’extrême vulgarité. Pas violent pour un sou, plutôt craintif, Mike n’a rien d’un roi de la bagarre et se fait même surnommer « la petite tapette » par les gamins du quartier. Pourtant, lorsqu’un « grand » brise cruellement le cou de son pigeon qu’il adore, la rage explose et terrasse l’adversaire. Mike Tyson est né, enfant de ces perpétuelles humiliations. Dorénavant, plus personne ne l’écrasera : il a compris qu’à défaut de ne plus avoir peur, il pouvait la voir briller aussi dans l’œil de ses ennemis.

Ensuite, Mike intègre brillamment l’école de la rue au sein d’une bande de voyous pré-pubères dont il est le surdoué. Leur truc : racketter les dealers, cambrioler leurs repaires. Mike fait les poches des victimes. Le jeu est dangereux qui transforme nombre de ses camarades en cadavres juvéniles. C’est la loi du ghetto où la mort règne froide comme les balles ou brûlante comme les doses qui achèvent les survivants. Mike est un miraculé.

A 13 ans, il fait son premier séjour dans l’univers carcéral et devient vite un abonné fidèle, si bien qu’on décide de l’envoyer plus loin, dans un camp pour mineur. Là, il rencontre Bobby Stewart, un boxeur qui met les gants avec les détenus en guise de thérapie. Mike se prend un méchant coup dans le plexus alors qu’il pensait plier le blanc-bec. Secoué, il supplie Bobby de lui apprendre à boxer, en vain. Mais à force d’insister, et parce qu’il se tient à carreau, le boxeur cède à sa demande. Quand la peine de Tyson s’achève, Bobby Stewart ne tient pas à le voir rejoindre le ghetto et il le recommande à celui qui deviendra le mentor du champion : Cus D’Amato. Nous sommes en 1980, Mike a 14 ans… Une deuxième naissance, un autre monstre dont le génie n’est plus la rue mais le noble art.

Bientôt, l’ascension d’un champion hors-normes…

felix.cultureboxe@gmail.com

CHIFFRES CHOCS : Les K.O de Valero

•2 février 2010 • 2 commentaires

C’est peu dire que le Vénézuelien de 28 ans Edwin Valero a commencé sa carrière sur les chapeaux de roues. Il dispute son premier combat pro le 9 juillet 2002. En un round l’affaire est pliée et son adversaire mis hors d’état de nuire. Pas pressé de connaître les charmes du deuxième round, le bonhomme remporte ses 17 premiers combats avant le deuxième son de cloche. Interrogé, l’artiste constate :

« j’avais la pression quand je gagnais ces combats au 1er round mais cette pression est retombée quand la série s’est terminée. Maintenant je prends les rounds les uns après les autres et je laisse le K.O venir tout seul »

Mais qu’on se rassure, le champion WBC des poids légers cogne toujours aussi fort : 26 combats – 26 victoires – 26 K.O. Il ne nous reste plus qu’à souhaiter bonne chance à son prochain adversaire, le Mexicain Antonio de Marco qui va se cogner la bête samedi prochain à Monterrey, Mexique.

Vous reprendrez bien une petite Margarito?

•29 janvier 2010 • Un commentaire

Le 16 juillet 2008, le Mexicain Antonio Margarito surprend son monde en stoppant le champion portoricain WBA des poids welters, Miguel Angel Cotto, au terme d’un sanglant affrontement. Au 11e round, le compatriote de Tito Trinidad, soumis à la terrible pression d’un Margarito qui ne cesse d’avancer, renonce et se laisse tomber, le visage tuméfié, dans un coin du ring. Le Mexicain devient du jour au lendemain le boxeur le plus redouté de la planète boxe.

Quelques mois plus tard c’est papy Mosley, 38 printemps au compteur, qui a rendez-vous sur le quadrilatère avec la tornade mexicaine. Tout le monde est persuadé que Margarito va envoyer Sugar Shane à l’hospice, jouir enfin d’une retraite bien méritée.

Manque de bol, quelques instants avant que les deux gladiateurs ne fassent leur entrée dans l’arène, le coach de l’Américain, Nazir Richardson, à qui on ne la fait plus, attire l’attention des juges sur les bandelettes du Mexicain, enduites d’un mystérieux plâtre durcissant. Les bandes de la discorde lui sont immédiatement retirées et placées sous scellés. Bref, en grimpant sur le ring, il se doute déjà qu’un énorme scandale l’attend au coin de la rue.

Pour ne rien gâcher à la fête, son adversaire rejoue avec brio une version toute personnelle de Papy fait de la Résistance : tout en vitesse et en agilité, Sugar Shane révèle un Margarito pour le moins pataud. Devant son poste de télévision, le Mexique vibre d’un seul homme pour celui dont il a fait un peu trop vite le successeur de l’inoubliable Julio Cesar Chavez. La foule est dépitée et place ses derniers espoirs sur le fameux « menton en granite » de son poulain.

C’est triste mais toutes les bonnes choses ont une fin et, peu après le neuvième son de cloche, le bonhomme, fatigué d’en prendre plein le buffet, s’écroule lourdement. L’arbitre arrête les frais : pour la première fois de sa carrière, Margarito est K.O.

A la descente du ring, le scandale des bandes plâtrées éclate au grand jour. Depuis quand Margarito use-t-il d’artifices illégaux pour faire des briques de ses poings ? Le microcosme du noble art est outré ! Après tout, d’honnêtes boxeurs perdent la vie chaque année suite aux coups reçus sur le quadrilatère. Tous les membres de la profession se désolidarisent de celui qui a joué ainsi avec la santé de ses rivaux.

Et Margarito, exemple de classe naturelle pour les nouvelles générations, de clamer son innocence puis, constatant l’intenabilité de sa position, d’annoncer qu’il n’était pas au courant avant de tout mettre sur le dos de son entraîneur de l’époque. Malgré cette ligne de défense exemplaire, le Mexicain prend un an de suspension. Bien fait !

Pourtant, après avoir purgé sa peine, le fils prodigue de la boxe mexicaine risque de se retrouver à nouveau sous les feux de la rampe, dès le 13 mars,  au programme de la réunion qui opposera, pour le titre de champion WBA des poids welters, le champion Philippin Manny Pacquiao au challenger Ghanéen Josuah Clottey.

Bref, Margarito s’est bien foutu de nous. Malgré tout, on a envie de le retrouver ne serais-ce que pour voir ce qu’il a dans le ventre, maintenant que ses menottes de petit coquin feront l’objet d’une vigilance attentive.

Brésil, un siècle de combats

•23 janvier 2010 • Laisser un commentaire

Contrairement aux apparences, Brésil ne rime pas seulement avec football, samba et caïpirinha. Si les brésiliens aiment – et à juste titre – lézarder sur leurs plages et taquiner le cuir sur le sable chaud, ils n’en forment pas moins un formidable peuple de combattants.

Au Brésil, la diversité n’est pas un vain mot. Sur le ring ou le tatami on en voit aussi de toutes les couleurs avec au choix: Jiu-Jitsu, Vale Tudo (tous les coups sont permis) ou Free Fight, Judo, Capoeira, Muay Thai, Kickboxing, Boxe et tutti quanti.

En traçant un vaste tableau historique des différents arts de combat implantés au Brésil, ce documentaire nous en apprend de belles. Petits extraits, en vrac, pour vous ouvrir l’appétit:

  • Sur la capoeira: mélange de techniques de danse et de combat créé par les esclaves. Sous les apparences de la danse, ceux-ci élaboraient de redoutables techniques de combat à l’insu de leurs maîtres
  • Sur le Jiu-Jitsu: d’une efficacité létale en corps à corps cet art japonais est devenu brésilien grâce à la dynastie des Gracie. En organisant et en remportant les premiers championnats d’Ultimate Fighting au début des nineties, ces aristos du kimono ont mis tout le monde d’accord. Aujourd’hui, la maîtrise du Jiu-Jitsu – en particulier celle des techniques de combat au sol – est le béaba à connaître pour tout jeune free fighter en herbe.
  • Sur le Free Fight, une perle: « si on est bien préparé, ce sport n’est pas vraiment dangereux » Avis aux amateurs…
  • Et le Noble Art, bien entendu, qui avec ses cousins les autres sports de combat occupe une place de choix dans les projets de développement social visant à offrir un horizon moins précaire à la jeunesse sacrifiée des favelas.

« Total esta noche, minga de yirar, si hoy pelea Locche en el Luna Park »

•16 janvier 2010 • 2 commentaires

Si c’est Chico Novarro, compositeur et interprète de son état, qui le dit on est bien obligé de le croire. Après tout, on est en Argentine et le tango c’est sacré. Un boxeur dans un tango, il fallait le faire et le bonhomme se devait d’avoir quelque chose de spécial pour mériter pareille distinction. Voyage dans le temps.

Le 2 décembre 1939, un couple d’immigrés italiens sans le sou, Don Felipe et Doña Nicolina, fête l’arrivée du petit dernier, Nicolino, sixième d’une vaste fratrie. Pour écrire une belle histoire il faut toujours quelques estomacs qui grincent et c’est peu de dire que Nicolino Locche n’est pas né avec une cuillère d’argent dans le bec.

Très vite le petit Nicolino affiche une étonnante précocité. A 8 ans il fait ses premières gammes dans le gymnase Julio Mocoroa sous les ordres de Don Paco Mora, son premier et unique entraîneur.

Dans la foulée suivront 122 combats amateurs et 136 combats professionnels avec 117 victoires (dont 14 par knock out), 4 défaites et 15 nuls. Au cours de son ébouriffante carrière, l’Argentin fera moisson de titres nationaux, continentaux et mondiaux. Il tutoie la gloire lorsqu’en 1968 il revient du Japon auréolé du titre de champion du monde de l’AMB (Association Mondiale de Boxe) des Welters Jr. chipé à l’Hawaïen Paul Fuji. Il défendra 5 fois son bien.

Précoce sur le ring comme dans la vie, à 13 ans le natif de Campo de Los Andes, province de Mendoza, tire sur ses premières  clopes. Jusqu’à ce que la grande faucheuse le rattrape en 2005 alors qu’il marque 66 printemps au compteur, Nicolino compose gaiement avec insuffisances respiratoires et problèmes cardiaques chroniques. Mieux, il n’hésite pas à s’en griller une quelques minutes avant de faire son apparition sur le ring.

D’ailleurs, l’homme au clopeau ne sort jamais dîner sans son lot d’anecdotes croustillantes sur ses chères volutes. Sa préférée? Nous sommes en 1968 et le bonhomme prépare activement son rendez-vous oriental avec le redoutable Paul Fuji. C’est le matin et rien de mieux que de commencer la journée par un petit footing. Flanqué de son fidèle entraîneur et d’un ami, Nicolino gambade dans le bois de Palermo. Fidèle à lui-même, il prend rapidement le large pour s’en griller une discrètement. Manque de bol l’incorrigible Nicolino tombe nez à nez avec Juan Carlos Ongania, dictateur de son état. Celui-ci lui lance furibond : « Que faites-vous Locche? Dans quelques jours vous allez défendre les couleurs de votre patrie et vous êtes en train de fumer? Courrez!« . Pas fou, Nicolino fait profil bas et reprend immédiatement sa course. De retour, la victoire en poche, il rend visite au président-dictateur et lance en guise de salut : « une petite clope mon Général?« 

Effronté Nicolino l’est avant tout entre les cordes.

S’il y a bien une chose que Nicolino déteste, c’est de prendre des coups. D’avisés critiques pugilistiques ne se privent pas d’ailleurs pour faire remarquer que ce « type étrange » a décidément mal choisi sa vocation. Faisant foin des bocks et de la limonade, le poète-boxeur évite les coups et nargue ses adversaires pour gagner à jamais le surnom d’intouchable.  Transgressant allègrement les principes du noble art fondés sur l’affrontement physique et l’agressivité, Nicolino gagne sans frapper et impose sous les regards ébahis des spectateurs, journalistes, juges et adversaires son esthétique de l’évitement.

Bien souvent ces derniers renoncent, détruits psychologiquement par ses grimaces clownesques. Qui, l’artiste tourne le dos à son adversaire pour papoter avec le public ou saluer quelque ami journaliste. Qui, l’effronté, planté au milieu du ring, tient à distance son rival d’un bras tendu pour se moucher bruyamment de l’autre.

Pour la première de son histoire le Luna Park, mythique enceinte de Buenos Aires, voit défiler des hordes de femmes et d’enfants venus admirer ce clown triste qui termine ses représentations sans aucune marque sur le visage ou presque. Avec Nicolino, le quadrilatère prend des allures d’arène où un matador sans épée humilie un taureau rendu furieux par une cible qui se dérobe sans cesse alors qu’un public hilare fait résonner les « olé, olé » de circonstance.

Avec Nicolino sur le quadrilatère, la joie s’est substitué un instant à la sueur et c’était bien ainsi.

Carlos, un très cher ami argentin, m’a fait découvrir avec émotion « El Intocable »; qu’il en soit chaleureusement remercié.

Je tape, tu tapes, il tape…

•9 janvier 2010 • Laisser un commentaire

Pour bon nombre de non initiés, la boxe est une tragique régression vers les plus bas instincts de l’homme. Deux brutes qui se tapent dessus. Charmante image d’Epinal. Et pourtant…

Certes personne ne niera que la violence est indissociable de l’activité pugilistique mais – surprise – ceux qui la pratiquent se rapprochent plus des stratèges que des sauvages. La raison est simple : entre les cordes le premier à perdre son sang froid est immédiatement châtié par son adversaire.

Le noble art est de facto l’antithèse d’une activité « naturelle » ou « instinctive« . L’affrontement réglé est l’aboutissement d’un interminable processus de dressage du corps et de domination de soi. Sans préparation physique et psychologique, il n’y a pas d’esquive, pas de pas de côté ni de stratégie qui tiennent; seulement la fuite instinctive ou le déchaînement du combat de rue.

Première étape de l’apprentissage du boxeur, la maîtrise de ses émotions s’actualise au fil des sessions de sparring. A ce propos, le sociologie Loïc Wacquant développe dans Corps et âme ce qu’il appelle « la logique sociale du sparring« .

Tout d’abord, on ne choisit pas son partenaire par hasard. Les boxeurs doivent être d’un niveau assez rapproché afin qu’ils puissent tous deux tirer profit de l’exercice et réduire les risques de blessure. L’honneur occupe ici une place de choix: on ne boxe pas avec quelqu’un de vraiment plus fort que soi de peur de se voir administrer une bonne raclée, ou trop faible pour se défendre.

Sur le ring, loin de se déchaîner, la violence est « contrôlée« . Lors d’une session de sparring le niveau de violence évolue de manière cyclique selon un principe tacite de réciprocité. Lorsque l’un des combattants accélère, l’autre durcit sa riposte faisant ainsi s’envoler le niveau de violence. Ensuite, les pugilistes reprennent d’un commun accord (souvent marqué par un signe de tête ou une tape des poings) leur affrontement un niveau en dessous.

De même, ces principes de violence contrôlée et de réciprocité imposent au plus fort de ne pas profiter de sa supériorité pour rosser le plus faible. Ce dernier doit néanmoins veiller à ne pas jouir indûment de la retenue volontaire de son adversaire.  Le déshonneur est la sanction qui guette ceux qui enfreignent ce corpus de règles invisibles.

Rares sont les défaillances dans le contrôle de soi qui soient punies aussi spectaculairement qu’une saute d’humeur pendant un combat de boxe. Bref, loin d’être un déchaînement de pulsions agressives, la boxe reste avant tout une école de vie où l’éducation est tant physique qu’émotionnelle.

The Boxer, un documentaire sur l’immigration illégale mexicaine aux Etats Unis

•6 janvier 2010 • Laisser un commentaire

Ce documentaire retrace l’histoire vraie d’un jeune mexicain, Luis Rodriguez, qui, en 2001, décide de quitter sa province natale de Oaxaca à la recherche d’un avenir meilleur. Son rêve: devenir champion du monde de boxe aux Etats Unis et ainsi sortir sa famille de la misère. Évidemment le rêve laisse vite place à la triste réalité des travailleurs sans papiers.

A visionner sur http://www.youtube.com/watch?v=r_y1eaHmOyU

Miles Davis, Jack Johnson et Sugar Ray Robinson

•4 janvier 2010 • Laisser un commentaire

La Cité de la Musique accueille jusqu’au 17 janvier une vaste exposition – We Want Miles – sur le génial trompettiste américain. En la parcourant on est surpris de découvrir l’importance accordée par le jazzman au noble art. Explications.

Tout commence dans les années 50. En 1951, Miles Davis jette l’ancre à New York et taquine la trompette en compagnie des plus grands: Charlie Parker, Sonny Rollins et Max Roach…Mais tout n’est pas si simple et le père Miles se prend de passion pour l’héroïne. Si rien n’est gratuit en ce bas monde, Miles a plus d’un tour dans sa poche. Pour subvenir à ses besoins il se prend pour Iceberg Slim et met quelques jeunes femmes de bonne volonté sur le trottoir.

Très vite pourtant, Miles Davis comprend qu’entre la drogue et la musique il faut choisir. Depuis longtemps il a un petit faible pour la « sweet science ». Il admire les champions – en particulier Sugar Ray Robinson – et la discipline quotidienne qu’ils s’imposent. Miles s’entraîne à Detroit puis à New York, au mythique Gleason’s Gym. Peu à peu, l’apprenti boxeur reprend le dessus sur son addiction. Dans son autobiographie, parue en 1989 (Miles: The Autobiography, Simon and Schuster Inc 1989) , il confie : « J’ai chassé mon addiction en prenant Sugar Ray en exemple; je me suis dit que s’il pouvait être aussi discipliné, je pouvais y arriver moi aussi « .

De fait, l’admiration pour Sugar Ray ne se limite pas au quadrilatère. Miles apprécie son style sur et en dehors du ring, ses fringues, ses femmes et sa confiance. A la salle, le trompettiste progresse rapidement mais ses activités musicales lui interdisent de mettre les gants en compétition: lors des sessions de sparring, il doit éviter d’être touché à la bouche.  Miles Davis établit un parallèle entre l’apprentissage de la boxe et de la musique; il faut répéter les mêmes gestes encore et encore jusqu’à atteindre la perfection. Comme la musique, la boxe demande un apprentissage de longue haleine mais les deux activités ne seraient rien sans la liberté de l’inspiration.

En 1970, Miles Davis réalise la bande originale d’un documentaire sur Jack Johnson, premier champion du monde poids lourds afro-américain de l’histoire en 1908. Le musicien s’identifie à ce bel affranchi qui menait grand train et défiait l’idéologie raciste de son époque en étalant les champions blancs et en multipliant les conquêtes féminines – il eût plusieurs femmes blanches – sans craindre les menaces racistes dont il était l’objet.

Site de l’expo We Want Miles

L’incroyable parcours de Freddie Roach

•2 janvier 2010 • Laisser un commentaire

Aujourd’hui, Freddie Roach est unanimement reconnu comme le meilleur coach en activité. Il a fait du Philippin Manny Pacquiao le meilleur boxeur toutes catégories confondues et compte dans son écurie deux autres boxeurs ultra talentueux: le Cubain Guillermo Rigondeaux (double champion olympique, 4 victoires pour aucune défaite) et l’Anglais Amir Khan (champion WBA Jr Welterweight, 22 victoires pour 1 défaite).

Pourtant rien n’a été simple pour Coach Freddie. A 6 ans à peine, son ancien boxeur de père le colle pour la première fois sur le ring. Deux ans plus tard il participe à son premier tournoi. On ne rigole pas tous les jours chez les Roach. La seule façon, pour les 5 frères,  d’échapper aux branlées  du paternel est de convaincre sur le quadrilatère. Et Freddie ne s’en sort pas trop mal.

Avec 41 victoires pour 13 défaites Freddie n’a pas à rougir de son palmarès d’autant qu’il est allé chercher  la plupart de ses succès dans un style offensif tendance « j’en prends une mais je t’en mets deux » très populaire auprès du public. Mais, affublé du pire surnom de l’histoire du noble art, Freddie aka « la cucaracha » (le cafard) ne pouvait décemment pas devenir champion du monde.

A 26 ans, Freddie le cafard est un boxeur fini. Blessé à la main et marqué par la rudesse de ses combats passés il se retire, non sans avoir perdu 4 de ses 5 derniers combats. Jeune retraité, il devient vendeur en télémarketing.

Très vite, pourtant, Freddie s’aperçoit qu’il a peut être mieux à faire dans un gymnase que derrière son téléphone. Il rejoint Eddie Futch, son entraîneur de toujours, pour l’assister et, un an après, fait de son poulain Virgin Hill un champion du monde des poids lourds légers.

Depuis, Freddie Roach dirige le wilcard boxing club à Hollywood et a remporté des titres de champion du monde avec 17 boxeurs différents. Dans les années 1990, il a sorti l’acteur Mickey Rourke de sa dépendance à l’alcool et à la drogue pour en faire un poids lourds frustre mais invaincu.

Plus surprenant encore, Freddie Roach poursuit sa brillante carrière d’entraîneur en luttant contre la maladie. En 1990, les médecins lui diagnostiquent Parkinson. Faisant fi des tremblements associés, Freddie reste un coach sur-actif capable d’endurer sans ciller près de 40 rounds de pattes d’ours avec Manny Pacquiao.

A l’orée d’une année 2010 riche en défis et peut être le combat qu’attendent tous les fans – Manny Pacquiao contre Floyd Mayweather Jr – on sait qu’avec Freddie Roach tout est possible.

Grandeur et folie

•27 décembre 2009 • Laisser un commentaire

La grandeur doit-elle nécessairement être associée à la folie? Drôle de question…Et pourtant, les plus grands des conquérants ont tous été qualifiés – à un moment ou à un autre – de fous par leurs contemporains. Avant de devenir Alexandre le Grand, le plus célèbre de tous les Macédoniens n’était qu’Alexandre le fou. Conquérir l’Asie, quelle folie!

Le fou est généralement celui dont le projet apparaît invraisemblable à ses contemporains. C’est seulement lorsqu’à la surprise de tous il parvient à accomplir son invraisemblale projet qu’il devient – a posteriori - un visionnaire et gagne ses attributs de grandeur.

Et la boxe dans tout ça? Un grain de folie est sans doute nécessaire pour marquer durablement l’histoire du noble art. Manny Pacquiao et Floyd Mayweather Jr, les deux meilleurs boxeurs en activité, l’illustrent  à merveille.

Floyd Mayweather Jr n’est pas fou pour deux sous: depuis ses débuts il a mené sa carrière à la perfection. Pas une fois il n’a affronté un adversaire en position d’underdog. Il n’a jamais été réellement mis en difficulté. Floyd, toujours invaincu après 40 combats, analyse méthodiquement la situation, les forces et les faiblesses de ses adversaires potentiels, leurs atouts pugilistiques comme leur potentiel économique; bref, ce qu’il a à gagner et à perdre en les affrontant. Floyd « Money » Mayweather est un surdoué de la boxe, certes, mais il n’a jamais fait rêver que son compte en banque.

Manny Pacquiao, quant à lui, réalise un parcours surprenant. Il a remporté des ceintures mondiales dans 7 catégories de poids différentes, des poids mouches aux mi-moyens (welters en anglais), de 50 kg à 66 kg. Défiant tous les pronostics, il a grimpé de catégorie en catégorie, conservant sa vitesse d’execution malgré un remarquable gain de puissance. Oscar de la Hoya, Ricky Hatton et Miguel Angel Cotto, tous rossés par le phénomène, peuvent en témoigner.

Le fou déjoue toujours les pronostics. En 1974, un Muhammad Ali moins fringant qu’à la belle époque s’apprête à défier l’invincible George Foreman, à Kinshasa, Zaïre.  Dans le milieu tout le monde s’attend à le voir recevoir une belle déculotée. A la différence d’Ali, Foreman a mis Frazier et Norton KO. Tout porte à croire qu’Ali sera sa prochaine victime. Pendant que Foreman martyrise sacs et sparring partners, Ali axe sa préparation sur l’endurance et la capacité à absorber les coups violents. Lors du combat, il passe son temps dans les cordes et encaisse machinalement les attaques surpuissantes du champion. Cela ressemble à un massacre mais les rounds passent et Foreman s’épuise en vain. Au 8e round il est surpris par un enchaînement supersonique d’Ali. KO. Ali est de nouveau champion du monde. The « Greatest » a encore une fois secoué le monde…à jamais.

L’incontrôlable Edwin Valero

•22 décembre 2009 • 2 commentaires

Manny Pacquiao ou Floyd Mayweather? Dans la course au titre de meilleur boxeur toutes catégories de poids confondues, ces deux-là pourraient bien se faire doubler par un troisième larron : le Vénézuélien Edwin Valero, 28 ans, détenteur de la ceinture WBC des poids légers.

Jusqu’ici tout va bien.  Le problème : Edwin Valero est complètement fou. Fou, brillant et incontrôlable.

Fin 2008, il est engagé comme sparring partner par Oscar de la Hoya pour l’aider à préparer le combat qui va l’opposer au redoutable Manny Pacquiao. A priori, le Venezuelien a le profil: gaucher et rapide de bras comme le Philippin. Pourtant Valero est vite prié de regagner ses pénates vénézueliennes, renvoyé pour avoir rossé son nouveau boss sur le ring. Dans la foulée, le vieil Oscar perd le combat et prend une retraite bien méritée.

Talent brut, gaucher hyperactif dans la vie comme sur les rings, le Vénézuélien n’est jamais allé au bout d’un combat. Plus précisément, aucun de ses adversaires n’a tenu la limite. Avec 25 KO en 25 combats Valero a du plomb dans les poings.

Mais tout n’est pas si simple! Alors que les potentiels adversaires de valeur ne manquent pas (Juan Manuel Marquez, Amir Khan voire Manny Pacquiao), la carrière du natif de Bolero Alto stagne de manière inquiétante.

Un détail non négligeable: Valero, qui a combattu une seule fois au Etats-Unis il y a quelques années, n’est pas le bienvenu chez l’Oncle Sam. Il faut dire que le bonhomme ne fait vraiment rien pour se rendre sympathique. En 2001, il se pane à moto sur le bitume de Caracas. Il est opéré à crâne ouvert dans la foulée. Depuis cette opération un petit caillot près du cerveau apparaît sur les scanners et bloque l’émission des autorisations médicales nécessaires pour combattre aux Etats-Unis.

Pire encore, en 2008, Valero est, cette fois, pris par la patrouille. Au cours d’une virée nocturne à Las Vegas, il est arrêté ivre mort au volant. Depuis cet épisode, la conduite en état d’ivresse étant considéré comme un crime grave par les autorités américaines, ses demandes de visa sont restées lettre morte.

Malgré tout, son promoteur Bob Arum ne perd pas espoir de le voir combattre aux Etats-Unis en 2010. Sauf que – ne l’oubliez jamais – Edwin Valero est fou. Sans doute pour faciliter le processus d’émission de l’indispensable visa, il a eu la bonne idée de se faire décorer le torse d’un immense drapeau de son pays accompagné, cerise sur le gâteau, du portrait d’Hugo Chavez. Oui, Hugo Chavez, le pourfendeur de l’impérialisme américain…

Bref, Edwin Valero est fou. Mais la folie n’est-elle pas un attribut de la grandeur?

Le retour du boxeur

•19 décembre 2009 • 2 commentaires

Mike Tyson, Julio Cesar Chavez, Jean-Marc Mormeck, Mayar Monshipour, Christophe Tiozzo…à croire que les boxeurs n’ont pas la retraite facile. Qui n’a pas vu son ancien champion effectuer un retour catastrophique sur les rings? Certes, certains s’en tirent relativement bien, à l’expérience, mais ils n’occultent pas la grande masse de ceux qui, en bout de route, mettent en péril leur santé comme la trace qu’ils allaient laisser dans l’histoire du noble art. Alors pourquoi?

D’abord l’adrénaline. Délicieuse adrénaline de l’arrivée sur le ring sous les vivats de la foule. Addictive adrénaline des premiers coups échangés. Il y a bien l’alcool et la drogue mais en fin de compte c’est bien peu de choses face à l’émotion du combat.

Ensuite « l’impossible reconversion« . Bien souvent – systématiquement dans le cas des grands champions – la boxe est une activité à plein temps. Or, tout au long de sa carrière le boxeur apprend seulement des postures et des gestes qui n’ont de valeur qu’en actes, qu’en étant produit et reproduit à la salle lors de l’entraînement puis sur le ring lors du combat. Dans Corps et âme, le sociologue Loïc Wacquant parle de la « tragédie de l’impossible reconversion du boxeur en fin de carrière: le capital spécifique qu’il détient est entièrement incorporé et, une fois usé, dépourvu de valeur dans un autre champ« .

Enfin l’argent. L’argent, le nerf de la boxe. Il y a peu Erik Morales, jadis dit « El Terrible », a relancé sa belle carrière. Vieillissant et marqué par ses  séries de combats, tous d’une brutalité inouïe,  contre Pacquiao et Barrera, il explique l’incompréhensible retour avec fatalité: « c’est quant tu es sur le déclin que tu commences à toucher de gros cachets, t’as pas envie de t’arrêter de boxer quand tu peux gagner tant d’argent« . Et quand t’as déjà arrêté, ben tu reprends…

Juan Manuel Marquez

•15 décembre 2009 • Laisser un commentaire

Juan Manuel Marquez est considéré comme l’un des meilleurs boxeurs mexicains de ce début de XXIe siècle. Excellent contre-puncheur, il a affronté deux fois – deux duels épiques – l’actuel meilleur boxeur du monde, le Philippin Manny Pacquiao. Récemment, Marquez a surpris son monde en révélant son « petit secret » à la chaîne américaine HBO: boire sa propre urine durant toute la préparation précédant ses combats.

Et le courage dans tout ça?

•12 décembre 2009 • 2 commentaires

Dans Mort dans l’après-midi, ouvrage dans lequel Hemingway compile son savoir sur les courses de taureaux, il s’arrête un moment sur la notion de courage.

« Si les qualités morales ont des odeurs, le courage a pour moi celle du cuir fumé, ou d’une route glacée, ou l’odeur de la mer quand le vent fauche la crête d’une vague »

Monter sur le ring et pénétrer dans l’arène sont deux activités qui se rejoignent en ce qu’elles mettent en jeu l’intégrité physique de leurs protagonistes.

C’est pourquoi le torero est généralement un homme très brave ; le degré le plus commun de bravoure étant d’ignorer momentanément les conséquences possibles de ce qu’on fait.

Plus loin, une forme plus évoluée de bravoure serait de ne pas évoquer ces conséquences possibles. Autrement dit, non seulement les ignorer mais les mépriser.

Tyson à l’entraînement

•11 décembre 2009 • Un commentaire

Il est 4h30 et le jeune Mike Tyson commence sa journée d’entraînement par un footing matinal. Un combat se gagne d’abord à l’entraînement et apparemment le Tyson d’avant la déchéance l’avait compris.

Si la routine du boxeur est globalement la même pour tous avec force de course, corde, shadow boxing, poire de vitesse, sac et sparring, la préparation mise en place par l’équipe de Tyson recelait quelques aspects originaux.

Tout d’abord, l’accent était mis sur un intense travail d’esquives latérales du buste. Ces dernières permettaient à Tyson, plus petit que ses adversaires, de rentrer dans leur garde et d’y faire parler son punch.

Ensuite, pour plus de vitesse et d’efficacité, chaque coup était désigné par un chiffre. A l’entraînement mais également en combat, lors de la minute de repos, l’entraîneur pouvait alors égrainer les combinaisons de chiffres-coups que son champion devait réaliser pour rosser son adversaire. Résultats garantis!

Mike Tyson par James Toback

•10 décembre 2009 • Laisser un commentaire

« I’m not an animal anymore »…la dernière phrase prononcée par Iron Mike sur un ring de boxe illustre la complexité du cas Tyson. En laissant le phénomène méditer librement  sur son parcours chaotique, le réalisateur James Toback met en lumière son humanité ainsi que l’incroyable charge de souffrance qui l’a porté au sommet puis précipité dans le caniveau.

Entre deux crises de larmes et le passage en boucle de ses KO les plus spectaculaires, le champion brisé revient sur son amour pour les pigeons, son goût des femmes et exprime sa gratitude pour celui qui l’a abandonné trop tôt, son mentor Cus d’Amato… Etonnant

Tyson, un film de James Toback

Festival de Cannes : Prix d’un certain regard 2008, Le KO du certain regard

Pour un bref aperçu:

Los corridos mexicanos tambien hablan del box…

•28 novembre 2009 • Un commentaire

(les corridos mexicains parlent aussi de la boxe)

Le corrido  est une forme littéraire et surtout musicale traditionnelle du Mexique. Créations spontanées et populaires d’auteurs anonymes, les corridos sont chantés, guitares à l’appui s’il vous plaît, dans tous les villages mexicains. Les corridos expriment les sentiments et les idées, les victoires et les défaites, les joies et les douleurs partagés par le peuple mexicain.

Apparu pendant la Guerre d’indépendance du Mexique (1810-1821), le  corrido a atteint son apogée lors de la Révolution mexicaine (1910-1921) où il faisait office de source journalistique: dans un pays majoritairement analphabète, les nouvelles étaient plus chantées que lues. Seuls les évènements les plus importants et les grands hommes étaient dignes d’un corrido, ainsi que les scènes de la vie quotidienne des villages de l’intérieur du pays.

Aujourd’hui encore, les hommes d’exception voient leurs faits d’armes célébrés par les corridos. Il en va ainsi de Julio Cesar Chavez, meilleur boxeur mexicain de tous les temps et de son fils Julio Cesar Chavez Junior, boxeur lui aussi.

Marco Antonio Barrera, un boxeur mexicain

•27 novembre 2009 • Laisser un commentaire

A la fin des années 1990 Marco Antonio Barrera prit la relève du mythique Julio Cesar Chavez. Loin d’être le combattant le plus doué de sa génération, il fit son trou en exhibant les valeurs caractéristiques des boxeurs mexicains: mâchoire en acier, volonté à toute épreuve et détermination à toujours avancer sur son adversaire pour le détruire. Il annihila notamment le surprenant Prince Naseem Hamed au terme d’un affrontement épique.

The Game, une histoire de boxe par Jack London

•21 novembre 2009 • Laisser un commentaire

La boxe était le sport favori de Jack London. Il a régulièrement couvert des combats comme journaliste spécialisé et a assidument pratiqué le noble art. Marin, il boxait pratiquement une heure par jour sur le pont du Snark, le navire à bord duquel il a traversé plusieurs océans.

Dans The Game (horriblement traduit en français par Pour cent dollars de plus), Jack London met en scène un jeune couple de la classe ouvrière: Geneviève, vendeuse dans une confiserie, et Joe, boxeur.

La nouvelle se structure autour d’une opposition fondamentale. Celle-ci concerne la Boxe – ou « le Jeu ».

Pour Joe il s’agit de « la plus grande, la plus belle chose au monde », synonyme de vie saine, de courage physique et d’épanouissement personnel: « on se sent bien sur le ring ». Joe est fier de la reconnaissance du quartier et des efforts qu’il a fourni pour l’obtenir.

Geneviève, en revanche, identifie le Jeu et la fascination qu’il exerce sur son fiancé comme une menace. A ce qu’elle perçoit comme déchaînement de brutalité barbare et gratuite, elle oppose et propose « un appui, le repos, une satisfaction et des joies tranquilles ».

« Elle était abasourdie par les moments atroces de ce Jeu qu’elle ne comprenait pas: son emprise sur l’âme des hommes, son ironie d’acier et sa déloyauté, ses risques, ses hasards et ces féroces surgissements de sang, qui rendaient la femme pitoyable, non plus le tout et la fin de l’homme, mais son jouet, son passe-temps; à la femme les soins tendres et la protection, et les humeurs de l’homme et ses « moments »: au Jeu ses jours et ses nuits de lutte, le don de sa tête et de sa main, son travail le plus dur, le plus patient, ses efforts les plus fous, toute la tension, toute la pression de son être Pour le Jeu, le désir de son cœur. »

Pour le lire la nouvelle en anglais: The Game, Jack London

Un documentaire sur Manny Pacquiao

•19 novembre 2009 • Laisser un commentaire

Un documentaire psychédélique de 4 minutes sur le meilleur boxeur en activité. Les sessions de pattes d’ours et de shadow boxing sont à couper le souffle. La voix off est surprenante…

Tyler Streeter

•13 novembre 2009 • Laisser un commentaire

pacmanLe style unique des peintures de Tyler Streeter colle parfaitement à sa passion pour le noble art.

« I try and give the viewer a glimpse into the sacrifice endured by these great fighters in pursuit of glory as we can all relate to sacrifice and struggle on some level »

« I have always been interested in portraying the human figure. My boxing work spawned from my interest in portraying the human form at its physical and psychological limits. « 

Plus d’infos et les portraits sur le site de Tyler Streeter

Nicolino Locche: el intocable

•10 novembre 2009 • 2 commentaires

Une des gloires de la boxe argentine au palmarès impressionnant de 103 victoires (14 par K.O.), 4 défaites et 1 no decision. Nicolino Locche fit le bonheur des aficionados de boxe grâce à ses esquives inimitables et chaplinesques: pour toujours « intocable » (intouchable)

Orthodox Stance, l’histoire de Dimitriy Salita, par Jason Hutt

•7 novembre 2009 • Laisser un commentaire

orthodox stanceDimitriy Salita est un boxeur new-yorkais, né en Ukraine et débarqué à Brooklyn étant enfant. Dans ce long reportage, Jason Hutt dévoile les étapes de son ascension pugilistique. Il met également l’accent sur les efforts du jeune homme pour faire cohabiter son quotidien de boxeur avec les exigences de sa foi.

Orthodox Stance, l’histoire de Dimitriy Salita, par Jason Hutt

Escuela cubana de boxeo, documentaire réalisé par C+ Espagne

•5 novembre 2009 • Laisser un commentaire

Bref sujet sur l’école cubaine en espagnol : sa boxe calée sur les rythmes tropicaux, le choix de rester dans le giron de l’amateurisme qui a conduit des champions olympiques tels que Teofilo Stevenson et Felix Savon à refuser les offres millionnaires des promoteurs américains pour affronter Ali ou Tyson. Enfin, l’exil des derniers médaillés olympiques vers Miami et une carrière professionnelle certainement plus rémunératrice.

Escuela cubana de Boxeo

La salle de boxe par le sociologue Loïc Wacquant

•3 novembre 2009 • Laisser un commentaire

corps et âmeLoïc Wacquant est sociologue. En 1988, novice, il s’inscrit dans un club de boxe du quartier noir de Chicago. Il s’y entraînera quasi quotidiennement pendant trois ans et en tirera Corps et âme, sorte de « carnet ethnographique » ou tableau du quotidien des boxeurs de Chicago et de leur difficile environnement.

Une forge : c’est là où le boxeur construit ce « corps-arme et armure » qu’il s’apprête à lancer dans l’affrontement sur le ring. C’est là où se polissent l’habileté technique et stratégique. Enfin, c’est là où s’entretiennent la flamme du désir pugilistique et la croyance collective dans la supériorité des valeurs indigènes sans lesquelles les combattants ne se risqueraient pas sur le quadrilatère.

    Un espace protégé, un îlot d’ordre : le gymnase isole du monde extérieur. Dans la salle, les boxeurs se soustraient à l’insécurité et au désordre de la rue. Par contraste avec l’environnement hostile du quartier, le gymnase représente un îlot d’ordre et de stabilité où des rapports sociaux interdits à l’extérieur redeviennent possibles. C’est en cela que la salle est un support de « sociabilité » : il existe un code tacite selon lequel les boxeurs laissent au vestiaire leurs statuts, problèmes et obligations relatifs au travail ou à la famille. Il s’agit d’un « pacte de non agression » où chacun s’efforce d’exclure tout sujet de conversation sérieux susceptible d’attenter à cette forme de socialisation ludique et d’entraver le bon déroulement des échanges quotidiens.

      Pour conclure il est intéressant de revenir sur l’opposition entre la salle de boxe et la rue en citant l’auteur. Certes la salle de boxe recrute parmi la jeunesse de la rue et « en s’appuyant sur sa culture masculine du courage physique, de l’honneur individuel et la performance corporelle ». Pourtant « elle s’oppose à la rue comme l’ordre au désordre, comme la régulation individuelle et collective des passions à leur anarchie privée et publique, comme la violence contrôlée et constructive d’un échange strictement policé et circonscrit à la violence sans rime ni raison des affrontements imprévus et dépourvus de bornes et de sens que symbolisent la criminalité des gangs et des trafiquants de drogue qui infestent le quartier ».

      Loïc Wacquant, Corps et âme, éditions Agone, 2000

      Lightweights, documentaire réalisé à La Havane par Craig Schneider

      •3 novembre 2009 • Laisser un commentaire

      Dans ce format court, Craig Schneider nous emmène dans le mystique gymnase Rafael Trejo – où la plupart des grands combattants cubains sont  passés un jour – pour une série de portraits d’enfants boxeurs. Touchant.

      Lightweights: Boxer Boys of La Havana

      Pourquoi les boxeurs ont du succès auprès des dames ?.. La réponse d’Hemingway

      •31 octobre 2009 • Laisser un commentaire

      hemingway« En avoir ou pas ? » voilà la question qui taraude l’œuvre d’Hemingway. A cet égard il est amusant de noter l’utilisation systématique du terme espagnol « testículos », jugé plus énergique et associé aux corridas de taureaux.

      Chez Hemingway le courage physique prime, offrant à ses hérauts l’admiration des hommes et le succès auprès des femmes. Dans le Torento Star Weekley du 27 octobre 1923, il explique qu’aucun mari ne peut rivaliser avec un torero ; s’il existe des femmes fidèles c’est bien parce que

      «premièrement le nombre de toreros est restreint, et, deuxièmement, le nombre de femmes mariées ayant assisté à une corrida est lui aussi restreint»

      L’œuvre d’Hemingway témoigne de l’existence d’un surhomme qui se construit en s’exposant au danger et en exerçant une activité violente qui porte en son sein sa propre mort et celle de son adversaire. Ce héros – torero, boxeur, chasseur, soldat – réunit toutes les conditions de la virilité et attire irrésistiblement les femmes.

      Cela dit, que les apprentis boxeurs ne se réjouissent pas trop vite : Hemingway a une vision assez noire des relations de ses héros avec la gent féminine. Les vertus du grand homme étant ce qu’elles sont, il n’y a pas de place pour une relation d’égalité. Soit la femme se donne, vaincue et soumise, soit sa personnalité est si forte qu’elle absorbe, annule et finit par détruire son compagnon.

      Bibliographie
      Le soleil se lève aussi, 1926
      Les neiges du Kilimandjaro, 1936
      Pour qui sonne le glas, 1940