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Rester debout. Ne pas aller au tapis. Ne pas fuir. Rester sur le ring contre le monde entier. Voilà l’esprit de la boxe.

Chaque boxeur naît avec un certain nombre de matchs à disputer. Quand il les a tous disputés, il est fini. Il pourra toujours tenter de combattre, de remonter sur le ring. Il sera vaincu. C’est son destin.

siki

Né en 1897 à Saint Louis du Sénégal, Amadou Fall dit Battling Siki est fauché par sept balles de revolver à New York en 1925. Entre-temps il a connu Marseille, Toulouse, les Dardanelles, Paris, Londres, Dublin, Anvers et Rotterdam. Itinéraire d’un globe-trotter des rings.

A la fin du 19ème siècle, Saint Louis est une petite ville portuaire de l’empire colonial français. Amadou Mbarrick Fall y naît le 22 septembre 1897, dans une modeste famille de pêcheurs. Enfant, il fréquente l’école coranique et participe aux distractions locales. La plus courante : plonger dans les eaux du fleuve Sénégal, à quelques encablures de l’Océan Atlantique.

Première traversée. En 1906, une jeune hollandaise, Elaine Marie Holtzmann-Gross, danseuse de son état, revient d’une tournée australe en compagnie de Freda Stampe, son amie allemande. Les deux femmes font escale à Saint Louis avant de rallier Marseille.

Pour tromper l’ennui de la traversée, les passagers lancent des pièces à la mer et observent les petits sénégalais plonger derrière le précieux métal. Amadou parvient à repêcher le florin d’Elaine et monte le lui rendre sur le pont du bateau. Un geste qui lui vaut un aller simple pour l’Europe.

A neuf ans, Siki s’embarque pour sa première traversée. Elle nourrira les fantasmes les plus graveleux : une cabine minuscule, deux femmes, un enfant et beaucoup d’imagination… (suite…)

The Jack Johnson and Tommy Burns Fight, 1908, by Norman Lindsay

Par Étienne Moreau.

1. Egée, la boxe, et la mythologie moderne

C’est un temps dont nous avons perdu presque jusqu’au souvenir. Le temps d’avant le son et d’avant l’image. Le temps d’épopées désormais surannées, quand des héros beaux comme l’Antique partaient vivre d’épiques aventures aux confins ignorés des cinq continents. Le temps de légendes qui vivaient dans la mémoire collective avant toute chose, le temps où les mythes se créaient au petit jour, lorsque l’aurore venait dénouer les longues attentes nocturnes pour consacrer dans les journaux la destinée des champions.

C’était l’histoire d’une boxe qui prenait le temps. Qui peut aujourd’hui se figurer encore cette incoercible attente, cette irréductible ignorance que rien n’étanche, lorsque qu’une fois jetés les dès du sort, il fallait encore patienter, le temps que la nouvelle parvienne à vitesse d’homme – ou peu s’en fallait – jusqu’à ses destinations finales ? C’est un pan de vie désormais disparu, celui de ce temps dilaté aux confins du désir et de l’appréhension, qui battait au rythme lent et immémorial des campagnes et du chemin de fer. C’était le temps suspendu d’une grâce palpitante, qui transformait l’épisode en mythe.

C’est un jeudi soir de décembre 1906 qu’une New-York stupéfaite découvrait par voie de presse que Jack Johnson avait triomphé de Tommy Burns, le jour d’après, aux antipodes, à Sydney, Australie, et pouvait se ceindre de la ceinture de champion du monde poids lourds. Jack Johnson avait en effet vaincu le 27 décembre, à midi heure de Sydney. Lorsque la nouvelle atteint New-York, « 24 minutes plus tard, après avoir voyagé par moult câbles et lignes télégraphiques », le calendrier américain affiche encore le 26 : il est 22h. Le reste du continent américain ou les Français ne recevront la nouvelle que le 27, trop tard pour proclamer le résultat dans l’édition de presse du jour. C’est donc le 28 que le peuple de la boxe prendra connaissance du résultat. A Sydney, Johnson avait déjà posé les gants depuis quarante-huit heures. (suite…)

Le soleil estival pèse lourdement sur Madison Park. Les aiguilles du cadran de la Metropolitan Insurance Company et du Con Edison juste à côté affichent 15 heures 20. Comme la belle horloge dorée au numéro 200 de la 5ème Avenue, deux cents mètres plus bas. Des passants affairés font leurs courses sur le « Lady Mile » de Broadway. Dans le parc public, des promeneurs se protègent de la chaleur à l’ombre des rares arbres de la ville. De petites voitures sombres et vrombissantes au pied des énormes gratte-ciels art-déco et des immeubles en briques aux escaliers de fer sillonnent les rues. Retentit au loin le son des klaxons des Ford T et les Hupmobiles roadsters qui se frayent un chemin le long de la 6ème Avenue depuis Wall Street. Quelques gracieuses Stutz H.C.S ou Cadillac aux énormes radiateurs et aux larges marches pieds défilent avec grâce et s’éloignent lentement vers Gramecy Park ou Park Avenue pour ramener de riches financiers vers leur prestigieuse résidence. Des berlines Durant Sedan descendent lentement sur Broadway, leurs passagers dissimulés dans l’habitacle clos, pour rejoindre les rues tortueuses et mal famées de Little Italy et les speakasies du Lower East Side et de la Bowery. Les bus à impériale entraînent une population plus composite et laborieuse le long de la 23ème Rue. D’amusants coupés Studebaker avec leur cabine à deux places posée au milieu du châssis gagnent l’East Village par la 5ème Avenue, et filent au pied du Flatiron Building avec à leur bord un couple de flappers, maquillage, cigarette et cheveux courts. (suite…)

Foin de Dusseldorf, Cultureboxe envahit la Taverne du Croissant, Paris 9ème, pour un compte rendu minuté.

22h30. Pressentant une organisation à la ponctualité teutonne, les amateurs de noble art, pinte en main, attendent le début du combat avec la patience d’un paysan du Danube.

Les bookmakers condamnent Jean-Marc Mormeck. Wladimir Klitschko est donné gagnant à 1,01. Un placement sûr. Prends ça le livret A.

22h50. Orange Sport investit les écrans de la Taverne. Premières images du Français. Jogging gris, il enfile ses bandes, l’air pensif.

23h03. Marcel floqué JMM, le challenger fait son entrée, regard soucieux. On compatit. On communie. Le moment est historique. Après Georges Carpentier et Lucien Rodriguez, Jean-Marc Mormeck est le troisième français à tenter de conquérir la ceinture de champion du monde des lourds. (suite…)

24 septembre 1922, Montrouge, Georges Carpentier, le champion français le plus populaire de ce début de 20e siècle affronte un ancien boxeur de foire, le dangereux Sénégalais Louis Phal dit Battling Siki pour le titre de champion d’Europe.

Tout oppose les deux boxeurs

Carpentier est une star qui a régalé Londres, Paris et New York de ses arabesques. Symbole de l’élégance à la française, il brille autant sur les rings que dans les salons. Le 2 juillet 1921, c’est la glorieuse défaite contre le champion du monde Jack Dempsey : la main droite brisée, Carpentier bataille avec plus lourd et plus fort que lui avant de céder au 4e round. La presse américaine célèbre la classe du vaincu. En 1922, après ces longues tournées à l‘étranger, le Grand Georges, est de retour au bercail.

Face à lui, l’improbable Battling Siki. Boxeur sénégalais au passé trouble, il aurait quitté Saint Louis du Sénégal à huit ans, enlevé par une danseuse néerlandaise. Débarqué à Marseille, il découvre rapidement la boxe avant de s’engager comme tirailleur dès 1914. La guerre terminée, il reprend sa carrière de boxeur avec un succès relatif. Longtemps, les préjugés racistes de l’époque lui interdisent toute chance mondiale, les boxeurs blancs rechignant à affronter leurs homologues de couleur. (suite…)

Battling Siki, un homme libre

Publié: 2 septembre 2010 par Nicolas Zeisler dans C'est notre pote
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Né à Saint Louis du Sénégal dans une famille de 22 enfants, Louis Phal, dit Battling Siki, quitte son pays natal à 9 ans et débarque à Marseille dans les valises d’une danseuse hollandaise. Rapidement livré à lui-même, il enfile les gants à 13 ans comme boxeur de foire.

Soldat pendant la Première Guerre mondiale, il remonte sur le ring dès 1919 et, passé pro à Paris, enchaîne les victoires dans un style rudimentaire où ses moulinets désordonnés finissent par coucher la plupart de ses adversaires.

Le tournant de sa carrière a lieu le 24 septembre 1922 lorsqu’il affronte le mythique Georges Carpentier à Montrouge pour le titre de champion du monde des mi-lourds.

On raconte que le scénario du combat a été défini à l’avance : après 4 rounds de boxe en dentelle, Siki doit se coucher au 5e et offrir la victoire à un Carpentier hors de forme et trop occupé par les mondanités pour s’entraîner sérieusement.

(suite…)