Super Fort Man

Publié: 18 août 2012 par CULTUREBOXE dans C'est notre pote
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Pour beaucoup d’amateurs de boxe, George Foreman est célèbre pour avoir perdu le plus retentissant combat de tous les temps face à Mohamed Ali, une nuit d’octobre 1974. Et pourtant, lorsqu’il monte sur le ring de Kinshasa, Foreman ne manque pas d’arguments à faire valoir : médaillé d’or olympique aux Jeux de Mexico, il est invaincu en quarante combats, la plupart conclus par K.O. avant la cinquième reprise. En janvier 1973, il est devenu champion du monde des lourds en envoyant Joe Frazier six fois au tapis. « Smokin’ Joe » et son exceptionnel crochet du gauche, premier homme à coucher Ali, n’a rien pu faire face à l’allonge et la puissance titanesque du natif de Houston.

 

Descente aux enfers

Au Zaïre, la chute du tout puissant Foreman est violente. L’ampleur de la défaite est accentuée par l’incroyable retentissement médiatique du combat. Humilié par la gouaille d’Ali, vaincu par ses poings, Foreman entame une terrible descente aux enfers. Ce combat qu’il n’aurait pas dû perdre le hante, parasitant sa reprise de l’entrainement et sa préparation. Il ne boxe pas une fois en 1975. Il est pourtant jeune. À 26 ans, il semble encore promis à un bel avenir.

L’année suivante il affronte Ron Lyle à Las Vegas. Lyle est au même titre que George, un boxeur extrêmement puissant. Le combat est un impressionnant défi physique entre deux frappeurs. Lyle envoie Foreman au tapis à la quatrième reprise. Dans la manche suivante, Foreman, dont la garde est déjà traditionnellement basse, abandonne toute défense et se jette sur son adversaire qu’il saoule littéralement de coups. Lyle finit par s’effondrer. Le combat aura duré cinq rounds, la moyenne pour George.

 

 

Frustré de ne pas obtenir de revanche contre Ali et décidé à reconquérir son titre mondial, Foreman affronte le redoutable Jimmy Young le 17 mars 1977 à Porto Rico. Ce dernier a perdu de manière très controversée son combat contre Ali l’année précédente. Supérieur techniquement, Young l’emporte à l’unanimité au terme des quinze reprises. Épuisé, déshydraté par la chaleur accablante, Foreman regagne péniblement son vestiaire.

Illumination

C’est le black-out. George perd à moitié conscience et entend la voix de Dieu lui dire qu’il va mourir. Il ne comprend pas. Dans une interview à Knockout Week il raconte :

« Je n’étais simplement pas croyant. Je ne voulais pas mourir ! Je n’avais pas dit au revoir à ma mère, j’avais un bébé… Je ne veux pas mourir, je suis George Foreman ! »

Les soigneurs, médusés, n’en reviennent pas. Il n’a pourtant pas été frappé si fort que ça… George en transe s’écrie : « Je meurs, mais dites-leur que je meurs pour Dieu ! » Pendant qu’il s’agite et que son entourage tente de le maîtriser, George raconte s’être senti entouré par les ténèbres, comme effectivement mort. Son médecin pense à un coup de chaud et il est conduit sous la douche. Foreman hurle alors des mots qu’il n’avait jamais prononcé auparavant : « Alléluia je suis clean, je viens de renaître ! » Inquiets, ses proches le conduisent en urgence à l’hôpital. George maintient cependant qu’il n’a pas simplement fait un malaise, mais eu une révélation. Dans son esprit, sa résurrection doit le porter vers un nouveau destin.

A 31 ans, George Foreman raccroche les gants et devient pasteur. Son entourage est consterné. Possédé par sa nouvelle mission, il retourne à Houston, sa ville d’origine, et injecte sa fortune personnelle dans la construction d’une église et d’un centre d’aide pour les jeunes défavorisés. Il achète un bus pour emmener des fidèles par dizaines se faire baptiser dans une rivière à la lumière des phares. Il prêche en prison et achète même du temps d’audience à la radio pour délivrer la parole divine.

Résurrection

À dépenser sans compter pour le salut d’autrui, George Foreman connaît d’importantes difficultés financières. Il a alors une idée géniale : remonter sur le ring. Seulement, à 38 ans, il n’a pas mis les gants depuis dix ans et les dizaines de kilos pris dans l’intervalle lui valent le surnom de « Big George ». Les spécialistes sont sceptiques et ses proches ne savent plus à quel saint se vouer.

Entre 1987 et 1990, il sillonne les Etats-Unis et enchaîne les combats contre des boxeurs moyens. S’il a perdu sa vitesse, sa force hors du commun lui permet encore de faire la différence. Par son abnégation, il s’attire la sympathie du grand public. Il tourne son surpoids en dérision dans des publicités pour gagner un peu d’argent. Malgré tout, le milieu professionnel continue de considérer son come-back comme une vaste blague.

Le 15 janvier 1990, contre toute attente, il pulvérise Gerry Cooney en deux reprises, comme à ses plus belles heures. Soudain, Foreman ne fait plus rire personne. Don King refuse même d’organiser un combat avec Mike Tyson. Foreman est vieux, Foreman est gros, Foreman est lent, mais Foreman peut encore abattre n’importe qui d’une seule droite. La reconnaissance, il l’obtient en avril 1991 face à Evander Holyfield. Big George perd aux points mais prouve qu’à 42 ans, il peut encore se mesurer aux meilleurs. Il obtient une chance pour le titre mondial WBO en 1993, contre Tommy Morrison mais il est là encore battu. Fini ? C’est mal connaître George et sa mission, lui qui n’a jamais exorcisé les démons de Kinshasa.

Lorsqu’il monte sur le ring de Las Vegas, le 5 novembre 1994, il n’y a que Dieu et lui-même pour croire en ses chances face au champion du monde WBA et IBF Michael Moorer. Foreman est complètement dépassé. Au dixième round, son adversaire mène largement aux points. Foreman lui assène alors un direct du droit atomique. Un « lucky punch » qui n’a rien de chanceux pour le puncheur de Houston. Moorer ne s’en relèvera pas. À 45 ans, George Foreman devient le plus vieux champion du monde des poids lourds de l’histoire.

 

 

American Heroe

Avec cette surprenante victoire, Foreman signe l’un des plus beaux come-back de la boxe. L’homme est plus populaire que jamais. Il devient l’un de ces héros que l’Amérique affectionne tant et auquel beaucoup s’identifient. Il suffit de choisir. Un enfant issu du ghetto de Houston devenu champion du monde. Un « méchant » qui a trouvé la rédemption dans la foi. Un boxeur qui vingt ans après a retrouvé son titre, quand plus personne ne croyait en lui. Enfin, un homme ruiné qui a fini par faire fortune. Car l’ultime revanche de Big George est bien là. Il a savamment négocié le prix de son retour sur le devant de la scène pugilistique à coups de contrats juteux. Son argent et sa nouvelle image de gagnant, il va les investir dans le marché en plein essor de l’alimentation saine, utilisant son propre exemple pour vanter les mérites d’une nourriture équilibrée. Depuis la fin des années 90, Foreman est aussi connu pour sa carrière de boxeur que pour ses « grills qui mettent K.O. la graisse », vendus à plusieurs millions d’exemplaires et ses livres expliquant comment devenir un winner

Les voies du seigneur sont impénétrables.

 

 

Rémi Masson

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