Félix Savón, une certaine idée de la boxe

Publié: 11 avril 2012 par CULTUREBOXE dans C'est notre pote
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1 m 96, 91 kg : Félix Savón est un géant.

Né à Santa Vicente en 1967 dans la province rurale de Guantanamo, à l’Est de Cuba, Félix Savón Fabré règne sur les poids lourds amateurs des années 90. Il remporte consécutivement trois championnats panaméricains, six championnats du monde et trois titres olympiques entre 1986 et 2000, date à laquelle il prend sa retraite. Savón est sans aucun doute l’un des plus grands boxeurs de son temps, l’un des plus atypiques aussi.

Lorsque Fidel Castro arrive au pouvoir en 1959, le sport, jusque là réservé aux élites devient, au même titre que l’enseignement, une priorité pour le régime. Fidel en fait un pilier de l’éducation et prend une mesure emblématique en y supprimant le professionnalisme. Communisme oblige, il s’agit d’éviter « l’exploitation de l’Homme par l’Homme ».

Grand amateur de boxe, Castro confie en 1964 les clés de la salle à un certain Alcidès Sagarra, ancien boxeur à la carrière contrariée par un asthme récurrent. Ce dernier donne un souffle nouveau à l’école cubaine et en fait une référence de la boxe mondiale. Sous sa direction jusqu’en 2001, l’Escuela Cubana de Boxeo glane plus de trente médailles olympiques. Avec lui, Savón, un gamin de 19 ans, devient le nouveau champion du monde 1986. Quatorze ans plus tard à Sydney, il égale surtout l’exploit de son aîné Teofilo Stevenson. Il conserve trois fois de suite son titre olympique acquis à Barcelone, alors que Cuba a boycotté les précédentes olympiades de Séoul. Assurément, Félix Savón y aurait disputé le titre. Avec sa droite dévastatrice, il bat le futur médaillé d’or, l’américain Ray Mercer, quelques mois avant son départ pour la Corée. Durant ses trois campagnes olympiques victorieuses, la suprématie de Félix est rarement discutée. Excepté un quart de finale difficile à Barcelone face à Danell Nicholson, il est à chaque fois couronné en dominant nettement ses adversaires.

Seattle, Goodwill Games, 30 juillet 1990, Savón s’échauffe sous l’œil d’Alcidès Sagarra, quelques minutes avant de punir l’américain Javier Alvarez.

Internationalement reconnu, Savón refuse alors le pont d’or que les promoteurs américains veulent lui faire. Après sa victoire aux jeux d’Atlanta en 1996, le monde professionnel est pourtant prêt à l’accueillir à bras ouverts et lui offre un contrat de près de dix millions de dollars. L’adresse de son domicile à Cuba est tenue secrète pour empêcher Don King et ses acolytes de l’approcher. Précaution inutile, Félix Savón ne songe jamais à quitter sa patrie.

Fonctionnaire rattaché au ministère des sports, il ne gagne pourtant que 400 pesos par mois – alors une vingtaine de dollars -, à peine plus que le salaire moyen cubain. « Fidèle à Fidel », il est hors de question pour lui d’abandonner les siens. Castro ne s’y trompe pas en le désignant porte-drapeau de la délégation cubaine à Sydney. Son patriotisme et son intégrité finissent de faire de lui une légende vivante à Cuba. Simple et accessible aux gosses des écoles de boxe qui rêvent de suivre ses traces, Félix Savón est devenu prophète en son pays. Il demeure un homme dont le seul signe extérieur de richesse est sa voiture, cadeau du régime.

Un boxeur pour qui l’ultime couronnement de sportif reste l’or olympique. Une certaine idée de la boxe.

17 défaites, 358 victoires : Félix Savón est un géant.

Rémi Masson

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