Dernier hommage à Joe Frazier

Publié: 20 novembre 2011 par Nicolas Zeisler dans C'est notre pote
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Joe Frazier naît le 12 janvier 1944 à Beaufort, Caroline du Sud, dans une modeste famille de petits fermiers. La vie est dure. Non contents d’exploiter la petite parcelle familiale, les Frazier font des heures sup’ chez les riches fermiers blancs du voisinage. Adolescent, Joe découvre la boxe en regardant les combats du grand Joe Louis à la télévision. Il passe de longues heures à frapper sur un sac qu’il a lui-même rempli de briques, de foin et de vieux vêtements.

Beaufort-Philadelphie-Tokyo

Lassé des structures archaïques du vieux sud raciste et décidé à se faire une place sur les rings, il ne tarde pas à jeter le baluchon sur l’épaule pour gagner Philadelphie, la Mecque du noble art. Il a 15 ans quand il franchit le pas d’une des nombreuses salles de la ville. Très vite, il enchaîne les KOs, semant la terreur dans les rangs amateurs. En 1964, il remplace au pied levé Buster Mathis, blessé, et représente l’Amérique aux JO de Tokyio. Des 12 boxeurs de l’équipe olympique, il est le seul à ramener la médaille d’or malgré un pouce fracturé en demi-finale.

Ses débuts professionnels ne soulèvent pas l’enthousiasme : trop petit, trop léger, disent les puristes. L’enchaînement des KOs fait taire les sceptiques et, le 18 février 1970, il devient champion du monde des poids lourds en arrêtant Jimmy Ellis au 5ème. Le scénario est bien rôdé, Joe coupe le ring, asphyxie son adversaire et clôt le spectacle avec son crochet du gauche.

La naissance d’une rivalité

A 26 ans, Joe Frazier, champion olympique et champion du monde des lourds, a rempli ses objectifs. Oui, mais le vrai champion n’a pu défendre son titre sur le ring. Entre 1967 et 1970, Mohamed Ali a payé son engagement contre la guerre du Vietnam, interdit de boxer pour avoir refuser de servir sous les drapeaux. Solidaire, Frazier a soutenu le champion déchu tout au long de sa traversée du désert, sollicitant la grâce du président Nixon et dépannant à l’occasion l’ennemi public numéro 1 de l’Amérique bien pensante de quelques billets verts.

Lorsqu’Ali est à nouveau autorisé à enfiler les gants, tout le monde attend avec impatience que les deux champions en décousent. Ce sera le cas le 8 mars 1971, au Madison Square Garden de New York pour « le combat du siècle ». Très vite les relations entre les deux hommes dégénèrent.

Fin rhéteur, Ali martyrise Frazier le taiseux, moquant sa laideur et sa boxe peu académique. Pire, en lui affublant le surnom d’Oncle Tom, il le coupe symboliquement de sa communauté. La violence du propos est terrible. Ali se pose en défenseur des Noirs et accuse implicitement Frazier d’être à la solde des Blancs. Absurde, ce dernier ayant bien plus souffert de la ségrégation qu’Ali.

Sur le ring, c’est une autre paire de manches. Joe Frazier est le premier homme à battre Ali. Il l’emporte sur décision au terme des 15 rounds non sans avoir – à la dernière reprise – envoyé son rival à terre d’un crochet du gauche atomique. Le combat a été si violent qu’ils finissent tous les deux la nuit à l’hôpital.

En 1974, toujours au Madison Square Garden, Ali prend sa revanche en l’emportant sur décision mais c’est le dernier volet de la trilogie qui marque l’histoire.

Le 1er octobre 1975, il est 10h du matin quand les deux hommes montent sur le ring de l’Araneta Coliseum de Manille. Malgré l’heure matinale, il fait déjà 52°C et l’atmosphère est saturée d’humidité. Dans la fournaise et après les provocations d’Ali, ils se livrent le plus violent de leurs trois combats.

Frôlant le KO à tour de rôle, ils repoussent les limites de l’épuisement et de la souffrance. Il faut l’intervention d’Eddie Futch pour mettre fin au combat. Frazier ne pardonnera jamais à son entraîneur d’avoir jeté l’éponge à l’appel de la 15ème reprise, d’autant plus qu’Ali s’évanouit à peine sa victoire prononcée.

Peu avant l’interruption du combat, Ali aurait confié à son coin n’avoir jamais vu la mort d’aussi près.

Entraîneur, chanteur, éducateur

Une dernière défaite, huit mois plus tard, contre George Foreman et Frazier raccroche les gants. Malgré un bref come-back en 1981 pour un anecdotique match nul contre Floyd CummingsSmokin’ Jo vit sa nouvelle vie à cent à l’heure. Showman à Las Vegas, il partage la scène avec les stars de la chanson et enregistre un disque avec le groupe The Knockouts.

Quelques années plus tard,  Joe succombe une nouvelle fois à l’appel du ring. Cette fois, il officie dans le coin de son fils Marvin et l’accompagne tout au long de sa carrière professionnelle. Seulement battu par Larry Holmes et Mike Tyson, le rejeton ratera ses deux rendez-vous avec la gloire.

L’échec du fiston n’empêche pas Joe de continuer à servir son sport. Il ouvre le Joe Frazier Gym à Philadelphie et y accueille plusieurs dizaines de gamins en difficulté.

Marquée au fer rouge par la passion du noble art, Philadelphie est une drôle de ville. La statue de Rocky Balboa surplombe les escaliers du Museum of Art. Parmi les adorateurs de l’étalon italien, combien savent que Frazier en a été la principale source d’inspiration ? Martyriser les quartiers de viande des abattoirs de la ville, c’est Frazier. Le footing aux aurores dans les rues de Philadelphie, c’est encore Frazier. Le cardio sur les marches du Museum of Art : c’est toujours Frazier.

Contrairement au héros fictionnel, le vrai champion n’a pas besoin de statue.

nicolas@zeisler.fr

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