Jesus, Marie, Monsieur José

Publié: 23 avril 2011 par Nicolas Zeisler dans C'est notre pote
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A l’heure où la critique s’enthousiasme avec raison pour le documentaire de Fred Wiseman, Boxing Gym, et le quotidien d’une salle de boxe texane, CultureBoxe préfère la jouer en VF. Ou plutôt en version franco-espagnole avec José Chacon, le fondateur du BAC 9.

Entraîner dans une salle municipale qui porte son nom (!) afficher son portrait  au dessus de ses boxeurs, haranguer quinquagénaires essoufflés et jeunes champions aux dents longues, c’est pas à Austin que ça se passe mais bien rue Buffault, IXème arrondissement, Paris.

Punchlines diront les plus jeunes, faconde répondront les anciens : en tout cas s’entretenir avec José Chacon, c’est suivre la trajectoire d’un fondu de boxe. Avec la moustache ou pas, avec des cheveux ou sans, c’est le parcours d’un bénévole, d’un éducateur. Pas de nostalgie ou de sentimentalisme pour autant : quand on branche le micro, ça part à 100 à l’heure. D’un boxeur sourd jusqu’aux gamins d’aujourd’hui, en passant par les phalanges franquistes et Vincent Cassel…du pain bénit pour CultureBoxe !

Les débuts

Tout commence à Cadix, « la plus belle ville du monde », où José fleurte très tôt et clandestinement avec la boxe.

J’avais commencé en Espagne mais là-bas pour faire partie d’un club de boxe il fallait être phalangiste et mes parents ne voulaient pas.

A 15 ans, il quitte la péninsule pour rejoindre sa mère, remariée avec un Français à Paris. Plus rien ne l’empêche alors de croiser les gants à volonté.

A Montmartre puis à Saint Ouen, sous la houlette de la famille Rodriguez, José boxe en amateur. A 25 ans, pourtant, il monte sa propre boîte de plomberie au 11 bis rue de Maubeuge dans le IXème, et tire un trait sur une éventuelle carrière chez les professionnels.

J’ai pas pu passer pro parce que je me suis mis à mon compte à 25 ans. Il fallait choisir et j’ai continué la boxe pour le plaisir, je faisais juste des galas.

Un boxeur sourd muet

Un jour, son entraîneur lui confie les intérêts d’un boxeur pas comme les autres. L’Espagnol José Hernandez est sourd muet. Cela ne l’empêchera pas de remporter plusieurs titres nationaux et continentaux. Une collaboration riche en anecdotes.

Je me souviens d’un match nul carrément volé à Madrid contre un Italien. Le commentateur, Léon Zitrone, avait dit : « L’Italien n’a jamais gagné mais c’est pas le sourd muet qui va protester« .

Auréolé de ces premiers succès, José jette la serviette sur l’épaule et enfile les pattes d’ours pour s’occuper des jeunes de Clignancourt. Il est devenu Monsieur José.

Les résultats ne se font pas attendre. Pendant cinq ans, les José Boys sèment la panique dans tous les galas de France.

C’était une grande équipe de gamins qui mettaient la correction aux adultes. Je voyageais à droite à gauche, c’était le pied.

BAC avec mention

Puis, c’est le grand saut : décidé à ouvrir une salle de boxe au cœur du IXème arrondissement de Paris, José parvient à convaincre la Mairie tout seul, sans aucun appui officiel.

J’ai pensé au IXème parce que je prenais les gamins du quartier et j’allais les entraîner à Clignancourt. J’ai écrit au député maire, je l’ai emmerdé un maximum parce que dans le IXème il n’y avait que des sports bourgeois et je voulais imposer la boxe amateur. A l’époque, c’était pas bien vu : les gens croyaient qu’on devenait fous à pratiquer la boxe. Je leur ai dit que je voulais me rendre utile pour les enfants du IXème, que j’allais faire une pétition. Ils ont eu peur et j’ai eu la salle.

Les instances fédérales tombent des nues.

La fédération n’y croyait pas : un petit boxeur comme moi qui réussit à avoir la plus belle salle de Paris, c’était du jamais vu !

Nous sommes en 1985 et le Boxing Athletic Club du IXème vient de naître. Les jeunes de Clignancourt suivent leur entraîneur dans cette nouvelle aventure et, dès la première année, le poids coq Luigi Mancini est sacré champion de France. Le début d’une longue série de succès qui voit les boxeurs du BAC 9 squatter régulièrement les podiums amateurs de la région.

La politique du club est claire. Si les professionnels sont tolérés, le cœur du coach penche vers les jeunes dont il s’occupe personnellement. Le discours du bonhomme sur les deux mondes – professionnel et amateur – est tranché.

Je préfère entraîner les amateurs parce que j’aime pas le business, j’aime pas faire la pute pour mes boxeurs, j’aime pas que mes boxeurs fassent la pute. J’ai quand même formé pas mal de professionnels ; pour eux je faisais un effort. Les premières années de la salle, des boxeurs de grande renommée ont voulu signer avec moi parce qu’on était bien situés mais pour moi, pas question ! Ils pouvaient venir comme invités mais le business c’était pas fait pour moi.

La belle boxe c’est au niveau amateur. C’est beau de voir des jeunes boxer comme des vrais champions. C’est rapide, propre, net.

Une belle rencontre

Être entraîneur de boxe c’est aussi faire de belles rencontres et celle avec Souleymane Cissokho, tout récent champion de France senior des moins de 60 kg et pensionnaire de l’INSEP, en est une. Débarqué à la salle à 15 ans, il connaît sous la houlette de Monsieur José une progression fulgurante, remportant les titres de champion de France cadet puis junior.

Souleymane, quand il est arrivé , je lui ai dit : « apporte moi tes bulletins de l’école. Si tu as des bonnes notes, je te fais devenir champion de France« . C’est ce qu’il a fait et la première année que je l’ai inscrit en compétition, il est devenu champion de France cadet.

A l’écouter, on sent que la relation tissée entre José et le jeune champion dépasse le cadre entraîneur-entraîné. Interrogé, Souleymane Cissokho confirme.

José est un éternel vivant qui m’a fait aimer la boxe. Il ne se lasse pas de partager son expérience. Pour moi, plus qu’un entraîneur, c’est un père.

Frapper, esquiver, se contrôler

Le boss du BAC 9 ne révolutionne pas la boxe mais s’applique à en transmettre les préceptes sans chichis. Toucher sans se faire toucher, frapper des deux mains.

Le jeune je lui apprends d’abord la technique et après seulement la frappe. Le principe c’est d’éviter les coups : tu mets des coups et tu t’en vas tout de suite.

Le courage et le contrôle de soi.

La boxe plus que les autres sports t’apporte un équilibre dans la vie parce que tu es en face d’un homme et qu’à la moindre faute tu prends un coup. Ça t’oblige à te contrôler car si tu t’énerves tu prends des coups. Il y a beaucoup de boxeurs qui sont devenus des gens bien grâce à la boxe, et pas forcément des champions. Même à l’entraînement faut déjà monter sur un ring, faut savoir prendre des coups et en donner.

Une histoire de cojones

A la salle, respect et camaraderie sont les maîtres mots. Gamins, boxeurs amateurs, acteurs, cuistots ou quadras sur le retour, tout ce beau monde se côtoie dans une bonne humeur communicative. Depuis 1985 José a vu défiler et n’hésite pas à lâcher quelques bons mots sur les anciens. Prends ça Vincent Cassel !

Vincent Cassel c’est un enfoiré parce qu’il m’a pas présenté sa nana mais on l’excuse parce qu’à l’époque où il venait il la connaissait à peine.

Plus encore que les triomphes sportifs, c’est la famille du BAC 9 qui fait la fierté de son fondateur. Une famille qu’il a construit à force de volonté et de cojones !

Pour monter un club comme ça faut avoir des couilles et être prêt à sortir de l’argent de sa poche. Quand on a ouvert la salle, c’est moi qui payait les sacs, les appareils de musculation. J’ai toujours été bénévole mais aujourd’hui c’est fini, ça n’existe plus.

Un investissement à perte, donc, que le boss relativise malgré tout.

Si j’avais pas eu la salle j’aurais sans doute mal tourné. Mais grâce à la boxe, au lieu d’aller dans un bistrot jouer au 421, prendre des cuites et dépenser mon fric, j’ai le sentiment de me rendre utile.

Avis partagé par les anciens qui reviennent régulièrement pointer le bout de leur nez dans le bureau de Monsieur José.

Tous les gars qui sont partis dans d’autres clubs ou qui ont arrêté la boxe reviennent. Ici c’est leur maison.

La maison du bonheur.

nicolas@zeisler.fr et H. P.

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commentaires
  1. Thibault dit :

    Encore un article foutument bien écrit ! Ce genre d’anecdote on l’apprécie doublement grâce à ta plume Nico. Merci !

  2. […] Merci au sympathique Gaëtan Goron venu m’interroger il y a quelques mois dans la salle de Mr José. […]

  3. DEGRADI dit :

    Luigi MANCINI « appartenait »au boxing club de Vigneux/seine quand il a été sacré champion de France (pro) des poids coq.
    En outre c’était dans les années 1996/97 environ.Son entraîneur était Me FARRUGIA

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