Boxe et Deuil : combattre le coeur lourd

Publié: 4 décembre 2010 par Felix Barres dans On se cultive
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Chacon a combattu 24 heures après le suicide de sa femme

Le 19 octobre 2010, Stathi Katsidis passait l’arme à gauche à seulement 31 ans à cause d’un excès d’alcool. Samedi dernier, à peine un mois après le drame, son frère Michael est monté sur le ring pour affronter Juan Manuel Marquez à Las Vegas.

Michael a fait le choix de poursuivre sa préparation en Thaïlande et de maintenir son combat. Aucun répit, aucun break, même pour les funérailles de son frère, à 9 heures de vol de son camp d’entrainement.

Le guerrier australien n’est pas le premier à se glisser entre les cordes du ring avec le coeur lourd. Daniel Jacobs, James Douglas et Bobby Chacon font partie de ceux qui ont combattu peu après la mort d’un proche.

Elevé par sa grand-mère, Jacobs apprend la mort de celle-ci moins d’une semaine avant son combat contre Dimitri Pirog pour le titre des poids moyens. Le champion de Brooklyn décide de maintenir son cap mais est mis KO au 5e round.

J’ai pensé à tout arrêter, mais une autre partie de moi-même voulait le faire pour honorer sa mémoire. Je n’imaginais pas vraiment l’effet que ça allait avoir. Parce que je me battais pour elle, je pensais que tout se passerait bien. Je suppose que j’avais tort.

En pleurs dans le vestiaire avant le combat, sa vitesse s’était comme évanouie une fois sur le ring.

Si le deuil de Jacobs a précipité celui de sa carrière professionnelle, il inspira remarquablement un autre boxeur, 20 ans plus tôt, à Tokyo. Douglas, un outsider, envoya au tapis le champion incontesté des poids lourds, l’invincible Mike Tyson seulement 23 jours après la mort de sa mère. D’un côté, Tyson avait négligé sa préparation et pensait déjà à son futur combat contre Holyfield ; de l’autre, Douglas avait suivi l’entrainement de sa vie, canalisant l’émotion de son deuil.

A l’inverse des adversaires habituels de Tyson, Douglas monta sur le ring sans peur et réussit le combat parfait. Au 8e round,  il parvint à se remettre sur ses jambes alors que l’arbitre comptait jusqu’à 9 puis il mit Tyson KO le round suivant. Après ce KO incroyable, un journaliste lui demanda comment il avait réussi ce que personne ne le croyait capable de faire, et Douglas répondit : « Ma mère, ma mère. Dieu bénisse sont cœur ! » Puis il fondit en larmes.

Aujourd’hui, Douglas explique que sa foi et l’épreuve du deuil firent jaillir ce qu’il y avait de mieux en lui. “C’était l’apogée de tout ce qui n’allait pas dans ma vie. Sa mort tourna mon regard vers la lumière ; je compris qu’il était temps pour moi de briller à travers l’adversité.

D’autres boxeurs sont devenus plus fort grâce à la douleur. Chacon, un célèbre poids plume de Los Angeles, a remporté un combat juste après une incroyable tragédie. Sa femme, Valérie, n’avait cessé de le supplier d’arrêter la boxe mais pour Chacon il n’en était pas question. La nuit précédant son combat contre Salvador Ugalde en 1982, sa femme désespérée prend un fusil et se tire une balle dans la tête.

Le promoteur de Chacon, Don Chargin, se souvient du combat le plus dramatique de sa longue carrière :

J’ai essayé d’annuler le combat. Je trouvais cela évident mais il a insisté pour le faire. Il a pleuré pendant tout le combat jusqu’à ce qu’il mette le gars KO. Il pleurait dans le vestiaire, il pleurait pendant que l’arbitre donnait ses instructions et il pleurait tout en boxant. C’était vraiment un moment tragique.

Le Dr Jay Granat, un psy qui a travaillé avec des boxeurs professionnels, pense que les athlètes comme Chacon ou Douglas peuvent canaliser et utiliser le deuil, alors que d’autres en sont incapables.

D’un point de vue clinique, nous savons que certaines personnes peuvent mettre des années à se remettre d’une perte brutale. Les boxeurs sont des êtres humains et peuvent avoir besoin de cette période de convalescence. Malgré ce que pense le public, les boxeurs ont tendance à être sensibles. Ils ne sont ni des robots, ni des animaux.

Les triomphes de Douglas et de Chacon face à l’adversité et au deuil contribuent à rendre ce sport si spécial, mais la culture pugilistique reste très dure. Il n’y a que dans le monde de la boxe que des fans interprètent les paroles d’un jeune homme de 23 ans à propos de sa grand-mère décédée quelques jours avant le combat comme la recherche d’une excuse après sa défaite, comme ils le firent avec Jacobs.

A tort ou à raison, de nombreux fans attendent de ceux qui montent sur le ring d’incarner la mentalité guerrière, même après une défaite. Mais au lieu d’espérer voir des surhommes, peut-être devrions-nous simplement admirer le courage de ces hommes qui montent sur le ring avec le cœur lourd, quoi qu’il arrive.

Alex McClintock (Ringtv.com)

traduction Félix Barrès (felix.cultureboxe@gmail.com)

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