Je tape, tu tapes, il tape…

Publié: 9 janvier 2010 par Nicolas Zeisler dans On se cultive
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Pour bon nombre de non initiés, la boxe est une tragique régression vers les plus bas instincts de l’homme. Deux brutes qui se tapent dessus. Charmante image d’Epinal. Et pourtant…

Certes personne ne niera que la violence est indissociable de l’activité pugilistique mais – surprise – ceux qui la pratiquent se rapprochent plus des stratèges que des sauvages. La raison est simple : entre les cordes le premier à perdre son sang froid est immédiatement châtié par son adversaire.

Le noble art est de facto l’antithèse d’une activité « naturelle » ou « instinctive« . L’affrontement réglé est l’aboutissement d’un interminable processus de dressage du corps et de domination de soi. Sans préparation physique et psychologique, il n’y a pas d’esquive, pas de pas de côté ni de stratégie qui tiennent; seulement la fuite instinctive ou le déchaînement du combat de rue.

Première étape de l’apprentissage du boxeur, la maîtrise de ses émotions s’actualise au fil des sessions de sparring. A ce propos, le sociologue Loïc Wacquant développe dans Corps et âme ce qu’il appelle « la logique sociale du sparring« .

Tout d’abord, on ne choisit pas son partenaire par hasard. Les boxeurs doivent être d’un niveau assez rapproché afin qu’ils puissent tous deux tirer profit de l’exercice et réduire les risques de blessure. L’honneur occupe ici une place de choix: on ne boxe pas avec quelqu’un de vraiment plus fort que soi de peur de se voir administrer une bonne raclée, ou trop faible pour se défendre.

Sur le ring, loin de se déchaîner, la violence est « contrôlée« . Lors d’une session de sparring le niveau de violence évolue de manière cyclique selon un principe tacite de réciprocité. Lorsque l’un des combattants accélère, l’autre durcit sa riposte faisant ainsi s’envoler le niveau de violence. Ensuite, les pugilistes reprennent d’un commun accord (souvent marqué par un signe de tête ou une tape des poings) leur affrontement un niveau en dessous.

De même, ces principes de violence contrôlée et de réciprocité imposent au plus fort de ne pas profiter de sa supériorité pour rosser le plus faible. Ce dernier doit néanmoins veiller à ne pas jouir indûment de la retenue volontaire de son adversaire.  Le déshonneur est la sanction qui guette ceux qui enfreignent ce corpus de règles invisibles.

Rares sont les défaillances dans le contrôle de soi qui ne soient punies aussi spectaculairement qu’une saute d’humeur pendant un combat de boxe. Bref, loin d’être un déchaînement de pulsions agressives, la boxe reste avant tout une école de vie où l’éducation est tant physique qu’émotionnelle.

nicolas@zeisler.fr

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