La salle de boxe par le sociologue Loïc Wacquant

Publié: 3 novembre 2009 par Nicolas Zeisler dans On se cultive
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corps et âmeLoïc Wacquant est sociologue. En 1988, novice, il s’inscrit dans un club de boxe du quartier noir de Chicago. Il s’y entraînera quasi quotidiennement pendant trois ans et en tirera Corps et âme, sorte de « carnet ethnographique » ou tableau du quotidien des boxeurs de Chicago et de leur difficile environnement.

Une forge : c’est là où le boxeur construit ce « corps-arme et armure » qu’il s’apprête à lancer dans l’affrontement sur le ring. C’est là où se polissent l’habileté technique et stratégique. Enfin, c’est là où s’entretiennent la flamme du désir pugilistique et la croyance collective dans la supériorité des valeurs indigènes sans lesquelles les combattants ne se risqueraient pas sur le quadrilatère.

Un espace protégé, un îlot d’ordre : le gymnase isole du monde extérieur. Dans la salle, les boxeurs se soustraient à l’insécurité et au désordre de la rue. Par contraste avec l’environnement hostile du quartier, le gymnase représente un îlot d’ordre et de stabilité où des rapports sociaux interdits à l’extérieur redeviennent possibles. C’est en cela que la salle est un support de « sociabilité » : il existe un code tacite selon lequel les boxeurs laissent au vestiaire leurs statuts, problèmes et obligations relatifs au travail ou à la famille. Il s’agit d’un « pacte de non agression » où chacun s’efforce d’exclure tout sujet de conversation sérieux susceptible d’attenter à cette forme de socialisation ludique et d’entraver le bon déroulement des échanges quotidiens.

Pour conclure il est intéressant de revenir sur l’opposition entre la salle de boxe et la rue en citant l’auteur. Certes la salle de boxe recrute parmi la jeunesse de la rue et « en s’appuyant sur sa culture masculine du courage physique, de l’honneur individuel et la performance corporelle ». Pourtant « elle s’oppose à la rue comme l’ordre au désordre, comme la régulation individuelle et collective des passions à leur anarchie privée et publique, comme la violence contrôlée et constructive d’un échange strictement policé et circonscrit à la violence sans rime ni raison des affrontements imprévus et dépourvus de bornes et de sens que symbolisent la criminalité des gangs et des trafiquants de drogue qui infestent le quartier ».

Loïc Wacquant, Corps et âme, éditions Agone, 2000

nicolas@zeisler.fr

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